15 juillet 2008
Georges Flipo : La Diablada - éd. Anne Carrière

4ème de couverture:
"Une bonne nouvelle ne doit laisser aucune chance au lecteur. Il faut d'abord l'embobiner doucement, puis l'entraîner très vite, irrésistiblement, vers une chute qu'il guette sans pouvoir la deviner. Les nouvelles de Georges Flipo sont avant tout de belles histoires, brossées en petites touches rapides, acides ou tendres, avec un sens aigu du raccourci. Elles font voyager le lecteur dans d'autres continents, d'autres époques, ou simplement dans l'enfance, sans jamais lui laisser le temps de s'ennuyer. Parmi les douze nouvelles de cet ouvrage
" La diablada ". Un jeune touriste cède à l'appel de la diablada, la danse païenne des mineurs boliviens. " L'Avarice, attribution incertaine ". Un tableau aux origines obscures, vieux de quatre siècles, bouleverse la vie d'un couple d'enseignants. " Les banquets du Stalag XVIII E ". Deux cuisiniers vont offrir à leurs compagnons de stalag la plus belle des évasions. "
Au début, je l'avoue, je n'avais pas envie de lire ce livre (malgré de bonnes critiques lues un peu partout).
Je gardais un excellent souvenir du "Vertige des auteurs" et je craignais de ne pas résister à la tentation de faire des comparaisons idiotes ("hmmmm, ça se voit que c'était son premier essai, c'est moins abouti que son 2ème roman...") Et puis je trouve que la nouvelle est un art bien difficile à maîtriser : entre le texte trop court, qui fait pernser que l'auteur n'avait finalement pas tant de matière à écrire, et le texte trop long qui trahit parfois l'incapacité à mener un vrai roman à terme, l'équilibre est délicat à trouver. Souvent, je ne termine pas les recueils de nouvelles, car je m'y ennuie vite...
Heureusement, pour celui-ci, il n'en fut rien !
Pourtant, à chaque début d'histoire, je me disais "oh non, pas encore une histoire de...". Mais les chutes des récits me surprenaient (presque) toujours et me ravissaient à chaque fois ! Georges Flipo a du talent pour revisiter les traditions ! Et, en plus, il le fait avec un humour réjouissant.
La majorité des nouvelles m'a plu.
Je n'ai pas aimé "Les oiseaux n'aiment pas le sel" (beaucoup trop convenu), "Les Saintes-Larmes-de-la-Mer" (bon, c'est vrai, les histoires de marin m'ont toujours assomée...), "Sur la vieille montagne" (désolée, je n'y ai pas trouvé le moindre intérêt...)
Par contre, j'ai adoré "La Diablada" (qui distille subtilement l'angoisse et le doute) et surtout " Le parfum des profondeurs", qui est sans conteste ma nouvelle préférée en raison de sa finesse psychologique et de sa pointe de cruauté.
Mention particulière également pour "Stalag XVIII E", conté avec pudeur et une juste émotion (et qui me touche tout spécialement pour des raisons personnelles...)
Bon, allez, à mon tour de faire ma fayotte : Georges, si vous passez par ici...Encore !!!
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23 juin 2008
Gabrielle Wittkop - Le Nécrophile -Ed. La Musardine

Attention, livre destiné à un public très averti !!!
Notice prise sur Amazon :
"En 1972, à la Bibliothèque noire de Régine Deforges, Le Nécrophile paraissait dans la presque totale indifférence. Seuls quelques journalistes remarquèrent l'incroyable, l'élégant et le très immoral objet littéraire qui venait de surgir. Un homme exhume des cadavres fraîchement mis en terre, et les aime physiquement, moralement, spirituellement, jusqu'à ce que leur état de décomposition trop avancé fasse qu'il ne puisse plus les garder. Rien ne nous est épargné dans ses amours qui entre toutes les anomalies humaines sont celles sans doute suscitant la plus grande horreur. "La nécrophilie n'est ni tolérée des gouvernements ni approuvée des jeunesses contestataires." Le vivant résiste au mort tant qu'il peut, il ne s'accouple point à lui. Gabrielle Wittkop nous entraîne au contraire dans cet infernal ballet amoureux, nous projette contre la peau satinée des morts parmi les effluves de fleurs fanées, de bombyx, de cierge et d'encens. Il y a comme une prière, une quête de pureté dans cette descente aux enfers. La mort fascine le vif. Le nécrophile la poursuit en chancelant, dévoré intérieurement par sa passion jusqu'à ce que la déraison l'emporte. Écrit "à la mémoire de C.D., tombé dans la mort comme Narcisse dans son image", le texte de Wittkop connut un destin particulier : deux fois réédité, ses stocks soldés s'évaporèrent à chaque fois. Étrange pour un livre montrant ce que nous ne saurions voir : l'autre image, combien terrible, de cet être que nous rejetons et que nous fûmes peut-être ! --Stelio Paris "
Et beaucoup d'entre vous vont penser ici "mais qu'est-ce qu'il lui a pris, à Turquoise, de lire des horreurs pareillles ?!"
Hé bien, je n'en sais rien ! En fait, je trainassais à la bibliothèque, n'ayant d'appétit pour aucun des titres que je croisais sur les rayons...Tout me semblait ennuyeux ou déjà lu. Et ce livre s'est imposé par hasard, alors que j'épluchais l'étagère des auteurs dont le nom commençait par W...
Sur un sujet hors norme, particulièrement scabreux et immoral, l'auteur réussit un roman stupéfiant. Un texte ciselé avec élégance et sans jamais céder à la vulgarité. Une chose est indéniable : Gabrielle Wittkop savait écrire avec énormément de talent !
J'ai beaucoup hésité à publier cette critique, en raison du caractère choquant du thème du livre. Je ne voulais pas donner dans le genre "voyez comme je suis une lectrice à l'esprit hardi qui n'a pas peur de s'attaquer aux plus grands tabous".
Et finalement, j'ai décidé de le faire car je crois qu'un écrivain, quand il est bon, peut parler de tout, même de l'innomable, et aussi parce que j'ai connu avec ce texte une expérience de lecture mémorable !
Maintenant, lirais-je autre chose de cette dame qui s'est visiblement consacrée à une littérature assez spéciale...C'est une autre histoire...
23:15 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
16 juin 2008
Carlos Batista : Poulailler - Albin Michel

4ème de couverture :
" Mes poules me permettaient d'être cruel sans danger de représailles, je les traitais comme les adultes me traitaient, même si en les frappant je croyais aussi les sauver. " L'enfance est violence pour le fils d'immigrés. Seule échappatoire : le poulailler où il peut reproduire le comportement humain, loi du plus fort et art de la duperie. Mais jusqu'où se duper soi-même ? Fable féroce et décapante autant que roman sur l'origine et la condition des Portugais en France, Poulailler est le premier roman de Carlos Batista."
Carlos Batista est de toute évidence un véritable écrivain.
Un du genre cruel, impitoyable et écorché vif. Il écrit avec ses tripes et ne plaira pas à tout le monde, c'est certain. Pas de sentimentalisme dans son approche de la violence infligée à un enfant et des conséquences que cela aura sur sa vie d'homme. L'auteur est toujours très juste, et le récit, raconté avec un humour sauvage est souvent dérangeant.
Il se trouve que j'ai eu la surprise et le plaisir de rencontrer l'auteur (dans des circonstances que la discrétion professionnelle ne me permet pas de révèler). Il mérite vraiment d'être découvert. Si vous avez envie d'une lecture forte et sans complaisance, foncez !
Petit avertissement, cependant : amis des animaux, il y a quelques pages difficiles ! J'avoue que j'ai sauté certains passages que je trouvais plutôt insoutenables !
20:21 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
16 mai 2008
Chloé Ascencio : Bien trop petite - Editions du Rouergue

4ème de couverture :
"Tu ne t'en souviens pas, tu étais trop petite. Tes parents se sont séparés." De 1975 à l'année 2000, ce roman raconte avec beaucoup de réalisme la descente aux enfers d'une petite fille, enfant du divorce, ballottée injustement entre son père et sa mère, adultes inconséquents et dresse le portrait terrifiant d'une belle-mère égoïste et sadique. Rien n'est épargné à l'héroïne dont le jeune lecteur partagera l'intimité, les joies et les souffrances. "
Je ne sais pas si ce roman contient une part d'autobiographie, mais, en tous cas, c'est un récit qui ne laisse pas indifférent. Les manière de penser de l'enfance y sont fort bien décrites. J'ai bien aimé l'évolution de l'héroïne vis-à-vis de son (médiocre) père : d'abord petite fille en adoration qui accepte tous les compromis, même ceux qui lui sont défavorables, puis adolescente lucide mais encore protectrice, qui a si soif d'amour et de reconnaissance, jusqu'à la jeune femme adulte qui va enfin réussir à dire non et se séparer de ce parent maltraitant et immature.
Par contre, je n'ai pas bien compris l'intérêt de la technique narrative privilégiée par l'auteur, le livre étant écrit en entier à la deuxième personne du singulier. Ce "tu" omniprésent finit par agacer et ralentit inutilement la lecture.
Mais tant pis ! J'ai pris plaisir à suivre ce petit roman en principe destiné à un jeune public, et oui, je conseille sa lecture.
20:03 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
16 décembre 2007
Sempé : Sentiments distinguées - Denoël

Encore une MERVEILLE !!!
Que vous vous sentiez triste en cette période de Noël, ou débordé par des préparatifs de fête, allez respirer une bouffée de poésie et de drôlerie dans l'univers du cher Sempé.
Car, comme d'habitude, cet auteur génial nous livre un album délicieux, intelligent et rempli d'humour ! Bon, c'est vrai que, en ce qui le concerne, je ne suis jamais très objective...Hé oui, j'aime tout dans l'oeuvre de Sempé. Ses personnages humbles aux rêves grandioses, ses petits hommes chauves, vieillissants et sentimentaux, ses dames mûres avec des âmes de petites filles, ses enfants pas vraiment sages, ses écrivains plus ou moins médiocres mais pleins d'espoir malgré les exigences du marketing, ses snobs et ses intellectuels ridicules, ses psychanalystes à moitié dingues, ses fumeurs perplexes...
Et il y a aussi, bien sûr, toute la finesse du trait de l'artiste ! Car Sempé est un artiste. Un vrai (j'ai lu récemment dans un article de magazine qui lui était consacré qu'il s'interrogeait sans arrêt à ce sujet, car le processus créatif n'est pas facile pour lui...Il devrait demander à ses lecteurs : nous, nous savons depuis longtemps qu'il est un GRAND artiste !)
Allez, pour finir, je vous décris une des pages que je préfère dans cet album, histoire de titiller un peu votre curiosité. Sur le pas de la porte de leur entreprise familiale, nommée, en grosses lettres, "Etablissements Morin & Fils Frères", 2 chefs de service (peut-être les patrons ?) discutent. Et l'un dit à l'autre : "Tu n'as pas vu à la télé hier soir cette pièce anglaise ou grecque, je ne sais plus : le fils tue le roi qui est son père, couche avec sa mère et fait zigouiller son frère. J'ai dit à Marthe, à ce régime-là, ils ne vont pas tarder à faire faillite, ce qui n'a pas manqué de se produire."
Evidemment, c'est encore plus drôle avec l'image ! Alors...Foncez chez votre libraire ! Hop hop ! Ou bien inscrivez ce titre en rouge sur votre liste au Père Noël !
Gentils Visiteurs, je vous souhaite une bonne nuit et un bon lundi...avec tous mes "sentiments distingués", bien sûr !
Et à bientôt, pour un autre livre !
21:20 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
27 octobre 2007
Emmanuèle Bernheim : Vendredi soir - Gallimard

Quatrième de couverture :
« Laure alluma l'autoradio. Elle respira profondément. Les portières étaient verrouillées. Elle ne risquait rien. Il faisait bien chaud. Elle écoutait de la musique.
C'était vendredi et elle allait dîner chez des amis.
Et demain, pour la première fois de sa vie, elle vivrait avec quelqu'un. »
J'ai toujours un peu de mal à parler des livres d'Emmanuèle Bernheim. Sans doute parce que ses histoires, d'une apparente simplicité, recèlent une myriade de sentiments assez difficiles à déméler...
Donc, une fois encore, l'auteur nous livre un moment de vie s'une transparence trompeuse :
Un jour de grève des transports, Laure accepte de prendre un inconnu à bord de sa voiture. Cette rencontre, au départ plutôt innocente, voire même un peu inquiétante, va se transformer en une nuit de passion inattendue. Mais Laure est à l'aube d'une nouvelle vie car elle va bientôt emménager avec un homme et commencer une vie de couple...
Les héroïnes d'Emmanuèle Bernheim se ressemblent beaucoup d'un livre à l'autre, ses intrigues sont toujours aussi minimalistes mais riches en sentiments ambigus. Et ça fonctionne touours bien pour la lectrice que je suis ! J'aime toujours autant son style d'écriture très dépouillé et cette façon de raconter une histoire "en creux", dans ce qui n'est pas dit.
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19 octobre 2007
Blandine Le Callet : Une pièce montée - Le Livre de Poche

En cette période où tous les media (oui, sans "s", je suis une puriste...) nous soûlent avec le divorce de Nicolas, j'ai trouvé amusant de parler aujourd'hui du livre de Blandine Le Callet, que j'avais emprunté à la petite bibliothèque de mon lieu de cure.
Dans ce roman, elle nous convie à un mariage dans la haute bourgeoisie, celui de Vincent et Bérengère. Cette journée exceptionnelle va être successivement racontée par différents protagonistes qui, chacun selon leur point de vue, vont dévoiler —parfois à leur corps défendant— les hypocrisies et les mesquineries de la vie de famille.
Chaque chapitre porte le prénom d'un des invités (oui, le procédé narratif n'est guère innovant et rappelle les romans d'un autre écrivain très présent dans la blogosphère, mais il demeure efficace !) et présente une typologie de personnages qui sonnent presque toujours justes et vrais : on rencontre ainsi une petite demoiselle d'honneur très intéressée par une autre petite fille "différente" qui assiste à la cérémonie, un curé déespéré qui doute de sa mission, un frère qui ne trouve pas sa place dans sa famille, une belle-soeur méprisée à tort, une mariée magnifique qui n'a cependant pas assez de générosité pour tolérer la présence d'une enfant trisomique à son mariage, un invité qui joue un jeu extrêmement cruel et méprisable avec les femmes qui ne sont pas jolies, une soeur trentenaire-et-toujours-pas-mariée, une grand-mère à fort caractère, etc...
Blandine Le Callet se livre à une dénonciation assez acide et réjouissante d'un milieu très bourgeois, et la psychologie des personnages est bien vue.
Dommage, cependant, qu'elle ait opté pour une conclusion aussi décevante, prévisible et dépourvue d'originalité qui affadit l'ensemble. Heureusement, l'écrivain a un joli brin de plume et raconte souvent avec humour, si bien que, même si ce livre n'est pas révolutionnaire, il demeure une lecture distrayante.
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30 septembre 2007
Emmanuèle Bernheim : Stallone - Gallimard

J'ai poursuivi ma découverte d'Emmanuèle Bernheim avec ce livre microscopique (53 pages dans l'édition brochée !), qui se lit en un éclair.
Le livre existe aussi en Folio, mais je trouvais la couverture trop moche. Et puis, le contraste entre la couverture mythique des éditions Gallimard et le titre du roman me semblait trop drôle !
Quatrième de couverture
« Désormais, elle irait voir tous les films de Stallone. Tous. Elle n'en raterait aucun. Elle en faisait aujourd'hui le serment. Et elle n'attendrait pas qu'ils passent à la télévision. Non. Elle irait les voir en salle, elle paierait sa place. Elle lui devait bien cela. Car c'était grâce à lui que sa vie allait changer. »
L'histoire débute donc dans un cinéma, à la fin du film "Rocky III". Lise, jeune femme d'environ 25 ans, reste bouleversée dans son fauteuil de spectatrice. Prise dans son émotion et l'énergie du moment, elle décide de prendre enfin sa vie en main et, à l'instar de Rocky-Stallone, de réussir à réaliser ses rêves. Et pour commencer, elle reprend ses études de médecine, malgré les doutes de sa famille sur ses capacités. Et ça marche ! Soutenue, d'une certaine manière, par son modèle de cinéma, Lise va avancer. Mais sous les dehors de la réussite, que se cache-t-il vraiment ? L'adoration de Lise pour Stallone ne devient-elle pas une obsession plutôt qu'une inspiration ?
Encore une fois, Emmanuèle Bernheim réussit à susciter beaucoup de réflexion chez le lecteur, à partir d'une histoire à priori très simple mais traitant d'un thème original. Bien que l'auteur déroule l'ntrigue un peu vite, j'ai bien aimé cette lecture.
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06 août 2007
Emmanuèle Bernheim : Sa femme - Folio

Cela fait longtemps que je réfléchis à la meilleure manière de présenter ce roman à la fois très court et très dense, qui m'a beaucoup plu, mais dont il difficile de parler.
Présentation de la 4ème de couverture :
"Quelle que soit l'huer à laquelle il arrivait, Thomas restait une heure et quart chez Claire. Jamais plus, rarement moins.
Un jour, elle débrancha son magnétoscope et sa cafetière électrique et dissimula son réveil dans le tiroir de la table de nuit. ainsi, Thomas n'aurait plus aucun moyen de connaître l'heure et il resterait plus longtemps.
Lorsqu'il sonna à la porte, avant d'aller lui ouvrir, Claire regarda l'heure à sa montre et la rangea dans son sac. Il était huit heures moins vingt cinq."
L'intrigue elle-même est mince, voire banale, en apparence : Claire, jeune femme médecin, est la maîtresse sans joie d'un homme marié. Dans des circonstances assez romanesques, elle fait la connaissance de Thomas, séduisant ouvrier du bâtiment, qui lui apparaît comme l'homme idéal et avec qui elle entame une relation passionnelle. Mais Thomas est marié. C'est du moins ce qu'il fait croire à Claire, qui imagine en parrallèle la vie de Thomas avec son épouse et le futur qu'elle pourrait, elle, connaître avec lui. Mais les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent, et les motivations de Claire sont plus complexes qu'ils en ont l'air...
Impossible d'en raconter plus sans gâcher le livre. J'ai apprécié l'écriture froide et descriptive d'Emmanuèle Bernheim, qui dresse un portrait quasi clinique de son héroïne et de sa vie quotidienne.
J'ai également bien aimé la fausse simplicité de l'histoire, et la fin, assez inattendue, qui éclaire soudain tout le sens du livre et amène le lecteur a changer radicalement d'avis sur le cas de Claire.
Bref, je ne connaissais pas Emmanuèle Bernheim, mais j'ai découvert un écrivain, et je continuerai sans doute à la lire.
00:16 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
28 mai 2007
Anna Gavalda : Ensemble, c'est tout - Le Dilettante
J'étais à la FNAC il y a quelques jours. Et tandis que je me préparais à fouiner avec délices dans les romans francophones, que vois-je, mis bien en évidence sur le présentoir ? L'édition de poche de "Ensemble, c'est tout". J'ai résisté, jusqu'à présent, à publier mon avis sur ce machin. D'autant plus que j'ai pu lire de nombreuses critiques positives sur ce titre (qui m'ont toutes désolée, évidemment !) dans différents blogs, par ailleurs fort sympathiques. Mais cette fois, plantée devant la pile de livres de la Fnac, je me suis dis : trop, c'est trop ! je craque !!!
Or donc, Gentil Visiteur, tu l'as bien deviné : je ne comprends pas l'engouement des lecteurs pour ce roman sans relief !
L'histoire est simple(tte) :
Paulette, charmante grand-mère qui arrive à la fin de sa vie, Franck, son petit-fils cuisinier, qui s'épuise entre un travail exigeant et ses allers-retours à la maison de retraite de Paulette, Camille, jeune fille paumée, un peu anorexique et à la rue, et Philibert, jeune noble fin de race, décalé solitaire, sans amis mais ayant un grand coeur, n'auraient jamais dû se rencontrer. "Des bons à rien, des cabossés, des coeurs purs", dixit le résumé de couverture. Donc, grâce à l'imagination peu fertile d'Anna Gavalda, il vont faire un bout de chemin ensemble et trouver à régler leurs problèmes respectifs avec plein d'amour et de bonne volonté comme on en trouve dans les gentils romans. Evidemment, la gentille vieille dame va mourir à la fin (en cédant, fort à propos, sa maison à qui en a besoin...), évidemment le cuistot grande-gueule-et-dur-au-coeur-tendre va trouver l'amour avec la pauvre-fille mal-aimée-par-sa-mère, évidemment le trop timide aristocrate va lui aussi se trouver une fiancée fluo et improbable.
Je ne peux que constater le besoin d'histoire lénifiante de temps en temps pour comprendre l'unanimité des critiques, dans les blogs et dans la presse, pour ce gentil navet. Anna Gavalda était sans doute une bonne élève quand elle allait au lycée. Elle devait probablement écrire ses dissertations avec beaucoup d'application, dans un bon français. C'est pareil pour "Ensemble, c'est tout". Personnellement, je n'ai pas réussi à trouver la moindre saveur à ce travail honnête, plutôt scolaire et au final peu imaginatif. Le seul souvenir que j'en garde est celui d'un grand ennui de lecture.
Un film est sorti récemment, dont le scénario était basé sur le livre. C'est le prochain film que je n'irai pas voir !
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14 avril 2007
Franck Thilliez : La chambre des morts - Ed. Le Passage
Pourquoi donc ai-je persisté à vouloir lire ce navet ? Certains d'entre vous le savent déjà : je n'aime pas beaucoup les romans policiers. Hé bien ce n'est pas ce titre qui va me réconcilier avec le genre.
Il avait pourtant été encensé par le médiatique et pittoresque Gérard Collard, libraire un peu déjanté qui officie à la télé et dont j'apprécie l'enthousiasme. Mais là, vraiment, je ne comprends pas...
Mais commençons par le début, le résumé de l'histoire :
4ème de couverture :
"En pleine nuit, au milieu de nulle part, un homme surgit et se fait renverser. À ses côtés, un sac rempli de billets. Voleur ? Trafiquant ? Peu importe. Deux millions d'euros, là, à portée de main. Aucun témoin. Que faire ? Vigo et Sylvain, jeunes informaticiens au chômage, ne tardent pas à se décider.
Le lendemain, une fillette aveugle est retrouvée morte dans un entrepôt. Peu après, une autre est enlevée. Diabétique. Ses heures sont comptées.
Et si le magot n'était autre que la rançon destinée à sauver la vie d'une gamine ?"
J'avais lu les premières pages, et j'avais été accrochée aussitôt. Malheureusement, la promesse du début n'a pas été tenue. Les personnages — y compris l'héroïne, la fliquette mère de jumelles — sont des clichés caricaturaux déjà vus et revus 100 fois. Ils ne sont même pas attachants. La complète absence d'investigation intelligente de la psychologie de ces mêmes personnages, et notamment du Monstre, fait que le récit sonne creux.
Mais le pire, le vrai problème de ce polar, c'est que son auteur l'a écrit avec les pieds. C'est une des proses les plus mauvaises que j'aie eu l'occasion de lire depuis longtemps !
Franck Thilliez veut nous persuader à toute force de l'ambiance glauque et horrible de l'histoire. Du coup, il en fait des tonnes et des tonnes. Sauf qu'au lieu de rendre l'horreur perceptible, c'est surtout le ridicule qui saute aux yeux du lecteur ! Rien que le nom de la première victime m'a laissée à mi-chemin entre le fou rire et la consternation : Cunar, il fallait trouver un truc pareil !! Tout au long du roman, il essaye de nous prouver qu'il sait créer un climat et des images originales. Mais n'est pas Simenon qui veut... Pensant déjà à la rédaction de cette critique, j'ai commencé à noter les plus beaux exemples :
p 25 : "Sous l'aile feuillue des bois, les marécages de Clamarais déroulaient leurs langues oblongues de nénuphars." (Sans commentaire !)
p 60 : "Raviez déshabilla Lucie d'une onde visuelle."
p 73 : "Le fax vomissait avec une lenteur exagérée ses rectangles de connaissance." (C'est moi qui vais vomir, bientôt !"
p 105 : "Épris de bouffées étouffantes, il secoue son frère par l'épaule." (Ah ! S'éprendre de bouffées étouffantes, comme c'est romantique ! Comprend qui peut...)
p 106 : "Ses entrailles crachèrent un rire méphistophélique." (Moi, je recracherais bien l'écriture indigeste de l'auteur !)
p 120 : "Lucie n'eut pas assez de toutes ses dents pour rager." (Ben, moi non plus, à ce stade !!)
p 150 : "Sylvain Coutteure, en larmes, se balançait d'avant en arrière avec la catatonie d'un autiste." (A part que quand on est catatonique, on ne peut pas bouger...)
p 122 : "Le sang gorgeait ses tempes." (Ah, oui ! "gorge" et "gorger", ce sont les mots fétiches de Thilliez...)
p 161 : "La jeune femme dépeça les lieux d'un oeil néophyte." (C'est l'éditeur, qu'il faudrait dépecer, pour le punir d'avoir laissé publier de telles âneries !!)
J'ai fini par arrêter ce petit jeu, car à force, j'avais l'impression de recopier tout le livre !
Bref, vous l'avez compris, il n'y a pas grand chose à sauver dans cette histoire de tueuse d'enfant peu convaincante, écrite sans talent et sans génie...
J'ai attendu jusqu'à l'ultime ligne qu'il y ait quelque chose, un coup de théâtre, une révélation, un détail particulièrement brillant qui me consolerait d'avoir supporté un style aussi effroyable. En pure perte. Le dénouement de l'intrigue m'a laissée de glace.
Conclusion : ne perdez pas votre temps, ne lisez pas "La chambre des morts" !
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04 mars 2007
Elaine Marie Alphin : Le fils maudit - Pocket Jeunesse
Je suis tombée sur ce livre complètement par hasard. A priori, je n'avais pas du tout l'intention de m'embarquer dans un livre pour la jeunesse. Mais l'originalité du thème m'a plu. L'histoire est très simple :
A 14 ans, Frederic Miller ne souhaite rien de plus que d'échapper à son père, l'effroyable Pop, et aux sévices qu'il lui inflige. Car Pop est un dangereux psychopathe, serial killer et pédophile, qui enlève des enfants et les tue. Un jour, heureusement, les évènements ne tournent pas en sa faveur et Pop est abattu par la police. Désirant éperdument une existence meilleure et oublier ses années de maltraitance, Frederic décide d'endosser l'identité de Neil Lacey, une des victimes que Pop a enlevé et assassiné 6 ans plus tôt. Une autre vie commence pour Frederic, avec des parents aimants, fous de bonheur d'avoir retrouvé leur fils alors que tout espoir était perdu. Mais il y a ce policier opiniâtre qui ne croit pas aux contes de fées et qui va tout faire pour démasquer Frederic. Et puis Neil a aussi une soeur et un frère qui, eux, sont encore plus difficiles à tromper...Pourtant, c'est au sein de cette famille où tous ont souffert que Frederic trouvera le courage d'affronter les moments difficiles et de découvrir qui il est vraiment.
Au centre du livre se trouve donc une question très intéressante : comment survivre quand l'environnement dans lequel on grandit n'est que terreur et violence ? Et comment se contruire face à un traumatisme ?
Elaine Marie Alphin traite ce sujet délicat avec tact et intelligence. La violence et la sexualité dévoyée de l'abominable Pop ne sont jamais évoquées crument, juste suggérées de manière toujours pudique. L'auteur fait la part belle à la psychologie de chacun des personnages et n'est jamais caricaturale. Le suspens de l'histoire est mené sans faillir jusqu'à la fin du roman (bon, moi j'avais deviné la fin, mais c'est sûrement parce que je suis une vieille renarde ! :-D).
Bref, j'ai apprécié cette lecture au point d'avoir envie de la faire partager. Voilà qui est fait aujourd'hui !
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17 février 2007
Marie-Aude Murail : Simple - Médium L'École des loisirs
Au début, quand je songeais à écrire cette note, je pensais faire une critique pas très sympathique. Parce qu'il y a beaucoup de choses quoi m'ont agacée dans ce livre, qui s'adresse à un public adolescent (paraît-il...). Pourtant, le thème de ce roman me plaisait bien.
Extrait de la 4ème de couverture :
"Simple dit "oh, oh, vilain mot" quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit "j'aime personne ici" quand il n'aime personne, ici. (...) Il a trois ans et vingt-deux ans. 22 ans d'âge civil. Trois sans d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple.
Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où simple a failli mourir de chagrin. (...)
Rien n'est simple dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, 3 garçons (Enzo, Corentin, Emmanuel) et 1 fille (Aria, fiancée d'Emmanuel et soeur de Corentin), pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué."
J'espérais une peinture intéressante et réaliste des sentiments d'un jeune frère, placé malgré lui dans une position parentale vis à vis de son frère aîné, et confronté quotidiennement aux problèmes que pose la déficience intellectuelle. Je n'ai rien trouvé de tel.
Peu d'originalité dans ce roman, qui est une espèce de mélange entre "Rain Man" et "Forrest Gump", mâtiné d'un soupçon de "Friends". Marie-Aude Murail ne nous épargne aucun cliché du genre : bien sûr, le héros neuneu (pourquoi diable l'avoir affublé de ce surnom de Simple ? Le lecteur n'est pas stupide, il peut comprendre le récit même avec son vrai nom de Barnabé ! ) est tout gentil et moins bête qu'il n'y paraît et a une remarquable intelligence du coeur ; bien sûr, ceux qui se disent " normaux" sont méchants et sans coeur et moins clairvoyants. Il y a peu de profondeur psychologique, surtout dans le portrait de Kléber.
Quant aux différentes histoires d'amour qui pimentent l'histoire (Enzo est fou amoureux d'Aria, qui couche avec Emmanuel ; Kléber ne sait pas choisir entre Béatrice et Zahra ), il ne faut pas avoir plus de 13 ans pour les trouver passionnantes...
Heureusement pour la lectrice adulte que je suis, il y avait le personnage très réussi de Monsieur Villededieu, le vieux voisin irrascible des colocataires, qui va se retrouver promu conseiller conjugal auprès d'Enzo. Le duo formé par le jeune homme amoureux et le vieux monsieur expérimenté donne lieu à des dialogues très amusants.
En conclusion, je dois dire que je n'ai pas été vraiment séduite par ce roman. Mais c'est probablement parce que je n'ai plus l'âge (depuis longtemps ! )des lecteurs auxquels l'histoire est destinée... L'intention du livre est excellente, le récit se veut clairement être un plaidoyer pour la différence et la tolérance du handicap. C'est déjà pas mal.
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12 février 2007
Georges Flipo : Le Vertige des auteurs - Le Castor Astral
J'avais repéré ce titre sur le blog de Cuné. Depuis, j'ai eu l'occasion de voir plusieurs avis sur le livre et l'auteur dans la blogosphère. Je vais donc essayer de faire court.
4ème de couverture :
"Pour complaire à son patron qu'il vénère, Sylvain Vasseur se lance dans l'écriture. N'a t-il pas tout pour devenir écrivain ? Tout : l'égoïsme, la foi dans son talent, des admirateurs et des groupies, et même un incessant soutien de la presse, peut-être quelque peu prématuré. Que lui manque-t-il si ce n'est une oeuvre ? De mesquines impostures en folles espérances, le voici parti à la conquête d'un destin littéraire. Mais sa compagne sera t-elle tentée par une vocation de femme d'écrivain ?
Pour les auteurs potentiels, ce livre constituera peut-être le premier exorcisme contre le démon de l'écriture. Avec un humour aussi noir que féroce, par petites touches d'une acide vérité, Georges Flipo dresse le portrait de ces millions de Français qui possèdent un manuscrit dans leur tiroir. (...)"
Je me suis énormément amusée à lire ce livre, même s'il présente toutes les caractéristiques de ces livres écrits par d'anciens pubards qui se servent de tout ce qu'ils ont appris dans la pub. Le récit est donc efficace, et on ne s'ennuie pas une seconde aux mésaventures parfois cruelles de ce tâcheron dépourvu de talent. Sylvain Vasseur est certes un pompeux crétin bouffi d'égocentrisme qui suscite plus de moquerie que de compassion chez le lecteur, mais le système qui encourage tragiquement sa sottise et ses illusions est aussi condamnable. Ainsi, on voit également se dessiner, en creux, l'image complexe (et parfois peu flatteuse) du lectorat lui-même...
Editeurs, imprimeurs, publicitaires, personnalités de la télé, fans enamourées, écrivailllons de tous poils, lecteurs sans discernement, tout le monde en prend pour son grade dans ce roman de Georges Flipo. Bref, c'est corrosif et follement drôle...du moins, si l'on n'a pas l'ambition de devenir écrivain !
Essel, qui a fait également une critique de l'ouvrage, a été déçue par la fin de l'histoire. J'avoue que ce ne fut pas mon cas. Au contraire, je ne m'attendais pas à ce dénouement, et je l'ai trouvé particulièrement féroce. Sylvain Vasseur va quand même payer très cher son aveuglement...
Je me demandais si ce "Vertige des auteurs" était très autobiographique. J'ai trouvé la réponse sur le blog de Stéphane Laurent, ami de l'auteur, qui a procédé à une interview courte mais intéressante. Comme je ne peux pas inclure de lien dans mes notes (toujours les mêmes problèmes de navigateur trop vieux, éditeur de texte restreint pour Mac, bla bla bla de Blogspirit...), je retranscris donc bêtement les adresses ci-dessous :
- L'interview de Georges Flipo : http://slaurent.over-blog.com/article-4635196.html
- La critique de Cuné : http://cuneipage.over-blog.com/article-5185255.html
- La critique d'Essel : http://essel.over-blog.com/
Avant de clore cette note, j'aimerais rapprocher "Le Vertige des auteurs" du livre de Vincent Ravalec, "L'Auteur". Il est amusant de noter que les deux livres traitent d'un sujet similaire, mais de façon assez différente...(Zut ! Pour mon intention de faire court, c'est drôlement loupé ! )
22:20 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
12 janvier 2007
Bertrand Ferrier et Alexandre Jeannette : Gling ! Un amour de supermarché - Hachette
Le livre que je vous présente aujourd'hui —en principe destiné à la jeunesse— est une totale loufoquerie !
4ème de couverture :
"C'est décidé : ce samedi, Lozère Jean embrassera Colombine.
Il lui a donné un premier vrai rendez-vous d'amoureux chez "Gling !", le plus grand supermarché d'Europe. Ils n'ont qu'une course à faire avant d'aller prendre un verre (ou une tasse).
Problème : entre les superpromos, les superkaraokés, la supercourse de caddie supersoniques, le superanniversaire hebdomadaire du supermarché et mille autres supersurprises encore plus dézinguées du casque, la vie des deux ados va devenir supercompliquée."
En fait, l'histoire elle-même n'a pratiquement aucune importance. Et de toute façon, elle est impossible à raconter. Mais tout le livre est bourré de jeux de mots, d'inventions graphiques (les numéros de page sont "transportés" par de minuscules caddies, par exemple !), d'inventions langagières de toutes sortes, de références souvent très drôles à une culture populaire, à la publicité, à une certaine politique... Le plus hilarant est que, chez "Gling !" , on utilise un vocabulaire très choisi. en effet, on n'y parle "pas tout à fait le français, mais un dialecte universel appelé le glinguien" et on ne plaisante pas avec le respect. Ainsi, vous apprendrez dès le glossaire du début qu'on ne dit pas "vieux, ou personne âgée" mais "personne historique", ou qu'il serait mal vu de dire "cette fille est grosse" au lieu de "cette fille est spatiale"...
La satire du monde merveilleux des hypermarchés et des opérations publicitaires qu'on nous inflige sans arrêt est à la fois bien vue et complètement délirante.
Seul bémol : c'est dommage que ce soit aussi long. Trop long, en fait. Du coup, j'ai beaucoup zappé dans les derniers chapitres.
J'avoue que j'ai pas mal hésité avant de présenter ce titre, car je suis bien consciente qu'on est loin du chef d'oeuvre ! Mais pourquoi bouder son plaisir ? Ça a été une lecture distrayante, que je ne regrette pas.
22:25 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
24 novembre 2006
Vincent Ravalec : L'auteur - Le Dilettante
Dans ce petit ouvrage hilarant, Vincent Ravalec nous fait partager sa vie d'écrivain et ses débuts dans les milieux littéraires parisiens. Il décrit avec une franchise souvent décapante, son accession à un nouveau statut social : celui d'auteur publié. Et être auteur, c'est un vrai cirque ! Ravalec croise des éditeurs (bien sûr), d'autres "collègues" (plus ou moins chanceux, jaloux, célèbres (B.H.L., par exemple), ou couverts de Prix littéraires), des animateurs télé inévitables, peu de lecteurs...
Ravalec nous raconte toutes les activités de son nouveau métier d'Auteur : les petites foires au livre de province, les séances photo bizarres, les interviews, les mondanités, etc... Il n'hésite pas une seconde à croquer des portraits féroces et à écrire ce qu'aucun auteur oserait avouer, le tout avec une insolence réjouissante.
Je n'ai qu'une seule petite réserve à faire : j'ai trouvé par moment que Ravalec aurait pu éviter une certaine vulgarité dans l'expression... Mais je me suis tellement amusée tout au long du récit que finalement, je lui pardonne volontiers !
(Et qu'est-ce qu'elle rend bien l'image de la couverture de mon édition !!!!)
22:29 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
17 novembre 2006
Valérie Sigward : La fugue - Julliard
Théo, lycéen, a eu un grand frère, Alex, qui est mort après s'être jeté d'un pont. Parti sans crier gare, sans avoir laissé la moindre lettre d'adieu. Un an après catte tragique disparition, Théo n'en peut plus de l'ambiance qui règne chez lui, de la douleur dans laquelle ses parents s'abiment et qui les empêche de voir que leur second fils ne va pas très bien. Il décide donc de quitter la maison. Mais sa fugue ne le mène pas plus loin que la chambre de Marie, la petite amie de son défunt frère. Ensemble, avec l'aide de Zeb, le meilleur ami très peu conventionnel de Théo, et de Véro, la soeur de Marie, ils vont écrire la lettre qu'Alex n'a pas laissée pour expliquer son geste, en espérant que cela permettra aux parents de Théo de faire leur deuil et de revenir à une vie plus normale.
Ce roman au sujet fort est très court (une centaine de pages), mais très dense. Valérie Sigward aborde sans pathos le thème du deuil dans un cas de suicide, de la survie à un frère, de la blessure des parents ou des amis. Les personnages ne sont pas toujours très bien définis, mais les sentiments sont justes.
J'ai bien aimé le style de l'écriture, notamment lorsque c'est Théo qui exprime sa révolte en ne désignant ses parents, tout au long du récit, que par "elle" et "il". Par ailleurs, il y a suffisamment d'humour pour ne jamais verser dans le drame psychologique lourd.
Bref, c'est un livre qui vaut le coup qu'on s'y arrête.
20:48 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06 novembre 2006
Sempé / Patrick Modiano : Catherine Certitude - Folio
Depuis New York, où elle a ouvert une école de danse, Catherine Certitude, se souvient de son enfance passée à Paris, dans le quartier populaire du Xème arrondissement. Catherine a deux façons d'appréhender le monde : avec ses lunettes, et sans. Elle évoque ses cours de danse avec une ancienne danseuse (soi-disant) russe, et la vie un peu particulière, parfois jalonnée de mystères, qu'elle a partagé seule avec son père, Georges Certitude.
Soyons clairs, j'avais acheté ce petit livre pour Sempé, dont je suis une fan absolue et inconditionnelle. Et j'avoue que ses délicieux dessins sont le seul intérêt que j'ai trouvé à cet ouvrage. L'histoire est inexistante, les personnages sonnent creux, et toutes les pseudo-énigmes qui entourent la vie de Georges Certitude (qui aurait eu un autre nom dans le passé, dont la femme est partie en lui laissant Catherine sans qu'on comprenne vraiment pourquoi, dont le métier est assez incompréhensible...) m'ont laissée de glace. Même la nostalgie qui est supposée émaner du sujet m'a paru bien artificielle.
Décevant.
00:12 Publié dans ROMANS FRANCAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 novembre 2006
Faïza Guène : Du rêve pour les oufs - Hachette Littératures
Alhème (joli prénom féminin qui signifie "rêve" en arabe), 24 ans, vit en banlieue parisienne, à Ivry. Elle galère dans des petits boulots mal payés et s'occupe de sa famille, à savoir son père, ancien ouvrier du bâtiment qui a perdu la tête à la suite d'un grave accident de travail, et son petit frère Foued, 15 ans, qu'elle élève depuis l'assassinat de leur mère en Algérie, et qui vit une adolescence compliquée.
Ahlème a également une voisine africaine épatante, qui a toujours la petite phrase philosophique qu'il faut ("la planche de bois peut rester cent ans dans le fleuve, elle ne sera jamais un caïman"...), des copines qui semblent se débrouiller mieux qu'elle en amour, et un coeur partagé entre son enfance algérienne heureuse et sa vie d'adulte en France.
Ça ressemble assez à "Kiffe kiffe demain". C'est plein de défauts, de clichés, on a l'impression parfois de lire un catalogue de tout ce qu'on entend aux actualités (jeunes des cités, problèmes des banlieues, problèmes d'emploi des jeunes, racisme, sans papier renvoyés brutalement dans leurs pays, question des racines identitaires, etc...) mais Faïza Guène raconte tout cela avec tellement d'humour et d'ironie qu'on ne peut pas s'empêcher de la suivre ! J'ai trouvé la narration parfois trop adolescente à mon goût, mais j'ai quand même passé un agréable moment avec ce roman plein de drôlerie.
Extrait :
"(...) Je remarque un jeune couple qur ma droite. Ils sont bien habillés et sentent le parfum. Le type a une noisette de gel dans les cheveux et la fille, un trait de crayon sur les yeux. Ils sont dans une osmose difficile à décrire. Ça me frappe comme ils s'aiment, ils se regardent jusqu'au fond de la rétine, et à les voir comme ça, je parierais qu'ils pourraient le faire des heures durant. Ils se touchent un peu, discrètement, ils se sourient. Alors, il se met à l'embrasser dans le cou et la fille gigote comme un poulet, ça a l'air de lui procurer de bonnes sensations. Le mec plonge dans sa gorge de plus belle, avec un air de babouin orphelin. On croirait assister à un documentaire animalier."
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