11 juillet 2009
Pascal Fioretto : Et si c'était niais ? (pastiches) - Edition Chiflet&Cie

Vous en avez assez d'entendre encenser des productions médiocres et des auteurs qui communiquent bien mais qui écrivent mal ? Vous vous sentez d'humeur moqueuse pour oublier la morosité de la vie ? Vous avez envie de vous amuser ? Alors plus d'hésitation, c'est par ici que ça se passe !
Car cet ouvrage de Pascal Fioretto...QUELLE RIGOLADE !!!! Merci, Florinette, de m'avoir signalé ce livre de pastiches avec lequel j'ai passé un très bon moment !
Dans ce roman, donc, un fil conducteur : des auteurs ont été mystérieusement enlevés, en période de rentrée littéraire, et même Christine Anxiot n'a pas rendu son manuscrit. Son éditeur déclenche une enquête...Le commissaire Seberg va s'en charger...
Inutile de chercher une intrigue haletante, cette enquête n'est, bien sûr, qu'un prétexte pour développer des pastiches tous fort réjouissants. Evidemment, c'est encore plus hilarant quand on a lu les auteurs représentés (ce qui est bien mon cas, même si je n'ai pas forcément supporté d'aller au bout de leur prose !), mais on peut tout à fait apprécier même si on ne les connaît pas.
Allez, je vous détaille un peu le menu ; juste pour le plaisir !
1) Barbès Vertigo, de DHL
Très drôle et très fidèle à l'image médiatique construite par BHL ! Ses réflexions de philosophe évanescent m'ont souvent bien fait rire !
" Combien de temps "Cela" avait-il duré, cette fois ? Combien d'heures étais-je resté absent à moi-même, à ma mission, à cette vigilance de chaque instant à laquelle je m'astreins inlassablement, nuit et jour, depuis tant d'années ?"
2) Pourquoi moi ? , de Christine Anxiot
Aussi hystérique et illisible que l'originale ! Mais en beaucoup plus drôle !
" Ce matin, dans la cuvette. Comme un chapelet d'îles grecques. Noires sur le bleu de l'Harpic. Métaphore. Dans sa gueule à lui, à l'Editeur. Le grand E. J'ai tout dessiné en détail. (...) Il m'a rappelée. J'ai pleuré. Tellement émue de l'avoir, lui. Je lui ai dit : "C'est moi, t'as vu". Il m' a dit : "Qui, vous?". Je lui ai dit simplement "Non, moi. T'as vu ça ?"
Appelez un psychiatre !!!
3) Tais-toi si tu veux parler, de Fred Wargas
Pliée de rire ! Pascal Fioretto a admirablement saisi tous les tics, clichés et lieux communs (que je reproche en général aux romans policiers !) du genre, et particulièrement ceux de Fred Vargas (tous ses livres me tombent des mains au chapitre 2...)
"Il soupira profondément, remonta le col de sa gabardine froissée, passa la main dans ses cheveux ébouriffés et introduisit une pièce de 50 centimes dans la machine à café du rez de chaussé. Après un réveil en sursaut, l'automate délivra, en un jet dru et jaunâtre, son infect breuvage."
Aucun stéréotype, en effet !
4) Et si c'était niais ?, de Marc Levis®
Si vous n'avez jamais lu Marc Lévy, continuez ! Et lisez plutôt ce pastiche, qui épingle (avec talent, lui !) le ramassis de clichés et de réflexions qui se veulent profondes et philosophiques, mais qui débouchent sur un comique involontaire !
"Vous avez raison, dit-il en soupirant, quand le passé nous tourne le dos, il est parfois difficile de le regarder en face."
Ah bon ???
5) Hygiène du tube (et tout le tremblement), de Mélanie Notlong
Toutes les (grosses) ficelles du style Nothomb y sont ! Goût pour les mots peu usités ou très spécialisés (comme les noms de figures de style), et les nourritures invraisemblables, obsessions...
" Cet enfant est un affabulateur exhibitionniste doublé d'un incorrigible cabot. Il sera écrivain. (...)"
Ah oui. C'est bien le portrait d'Amélie.
6) Ils ont touché à mes glaieuls (Journal, tome XXII), de Pascal Servan
On retrouve le côté réac et méprisant de l'original, avec le côté roman à clef :
"Le soir, dîner avec Pierre-Olivier F. Quand je suis arrivé, il m'attendait déjà à notre table habituelle, au Chien de ma chienne, estaminet où Simone sert depuis des lustres les mêmes impeccables andouilles. P.-O.F. avait sur le visage le rictus amer des mauvais jours."
Très très drôle, et plutôt bien écrit, ma foi ! Comme le vrai !
7) Des fourmis et des anges, de Bernard Werbeux
Je n'ai jamais vraiment compris les raisons du succès de Bernard Werber. J'avais lu "Les thanatonautes" et j'avais trouvé l'histoire longuette et plutôt mal écrite. Werber aime les précisions scientifiques. Jusqu'à l'absurde !
"Il embrassa tendrement Clara sur les lèvres de sa bouche (...)."
Sans commentaire !
8) C'était rudement bath', de Jean d'Ormissemon
Toujours très cultivé, et ne pouvant pas aligner 2 phrases sans une citation d'auteur célèbre (de préférence, classique et mort...). Mais pas bégueule, monsieur d'Ormissemon ! La preuve ? Il est capable de se référer à tous les plus grands philosophes de la planète, et notamment celui-ci, qui a écrit
"Voiles sur les filles et barques sur le Nil...J'ai plus d'appétit qu'un barracuda..."
Un érudit, vous dis-je !
9) Les limbes pourpres du concile des loups, de Jean-Christophe Rangé
De l'horreur, de l'horreur, encore de l'horreur, toujours plus d'horreur, jusqu'à ce que le lecteur meure...de rire !!! Avec un goût particulier pour le sens du détail anatomique de la mort qui tue...
"Adam Seberg venait enfin de s'assoupir tout habillé sur son canapé défoncé lorsqu'une décharge électrique lui parcourut la moelle épinière des talons jusqu'au sommet du crâne. Tout au long de son trajet, la douleur augmentait inexorablement en intensité et en vitesse, tel un cheval aux yeux crevés lancé au galop devant les phares d'une Mercedes de dealer de crack. La vague de souffrance pure s'éleva, vrillant ses chairs, effectuant un demi-tour au niveau de sa rate, déchiquetant la membrane mitochondriale de ses cellules hépatiques et déversant des flots de métal en fusion dans son ventre."
Que rajouter de plus ? Ouille ???
10) 64%, de Frédéric Beisbéger
Doute existentiel ou interrogation philosophique ? OK, du moment que ça reste autour de son nombril ! L'auteur finit toujours par voler au ras des pâquerettes de son narcissime exacerbé ! Mais toujours en franglais !
"Il y a si longtemps que j'attends que je ne sais plus depuis combien de temps j'attends. Pourant j'attends. Attablé au Mathis devant un tartare de thon rouge à 23€. Naufragé de l'Ile aux enfants, gavé de gloubi-boulga post soixante-huit (avec de vrais morceaux de situationnisme), je patiente au bord de l'amer. (...)
"Je suis en train de bosser sur la base line : un truc du genre MyTeub, MySpace, MySelf."
11 ) Quelqu'un m'attend, c'est tout. d'Anna Galvauda
Magnifique compilation de toutes les ficelles mélo (voire super mélo...) de la niaise Gavalda, avec cette flopée de personnages si humbles-et-blessés-par-la-vie-et-toujours-dignes-face-au-sort-qui-les-accable, et cette espèce de compassion nunuche qu'elle sert à la louche dans ses romans !
"Orpheline, Monette avait été recueillie, âgée d'à peine quelques mois, par les Soeurs de l'Illimitée Connexion. A la mort de la Mère Supérieure, les soeurs vendirent leur couvent à Pierre Bergé, et se résolurent, un matin de novembre, à abandonner Monette sur le seuil de la boutique du P'tit Brin de Bonheur. La fillette avait 11 ans et, pour tout bagage, une bouille d'ange, un regard bleu Gauloise, un sourire triste et un prénom prédestiné au travail et à l'humilité : Monette."
Aaaaahhh, que c'est beau ! (Non, je rigole bien sûr !)
Comme disait ma grand-mère : c'était triste, c'était beau, même le pompier pleurait dans son chapeau !
Hé bien moi aussi j'ai failli pleurer...de rire !!!
23:27 Publié dans HILARANTS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


Commentaires
Bien entendu, je n'ai pas tout lu ça... mais ton billet me fait mourir de rire, en tout cas!!! Thanks pour ce pur moment de rigolade (dit la fille à la forte tendance au franglais!!)
Ecrit par : Karine :) | 12 juillet 2009
Tout un livre de pastiches, je ne m'en sentais pas le courage, mais j'ai picoré un peu au hasard, et lu le chapitre de Jean d'Ormissemon, rudement bath', "comme disent les jeunes" !, effectivement...
Ecrit par : rose | 12 juillet 2009
@ Karine :) : No problem pour ton franglais ! ;-D Je suis contente de t'avoir amusée, ce n'est qu'un juste retour des choses ! Pour la lecture des ouvrages pastichés, ne t'inquiète pas, tu n'a pas perdu grand chose ! Mouarf ! ;-))
@ Rose : en effet, ce n'est pas un livre qu'on dévore du début à la fin. Mais à raison d'un chapitre par jour, par exemple, c'était une lecture très jouissive !
Ecrit par : Turquoise | 12 juillet 2009
Une habituée des dîners livres échanges me l'a offert... Je pense le lire d'ici la fin de l'année.
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 25 août 2009
@ Cécile de Quoide9 : j'espère que tu t'amuseras autant que moi à cette lecture ! ;-)
Ecrit par : Turquoise | 25 août 2009
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